lundi 28 décembre 2009

Gozo II – les temples de Ggantija et l’hypogée de Hal Safliéni


Des temples, ceux de Ggantija près du village de Xaghra sur l’île de Gozo, qui datent du quatrième millénaire avant Jésus-Christ, plus de mille ans avant les pyramides d’Égypte et Stonehenge en Angleterre !
Vestiges d’une civilisation néolithique qui disparut mystérieusement au troisième millénaire avant notre ère, redécouverts pour ce qu’ils sont qu’au début du dix-neuvième siècle de notre ère, suite aux travaux de déblaiement entrepris par le représentant de la couronne anglaise, le colonel John Otto Bayer, lieutenant gouverneur de Gozo, de ce qui était devenue colonie britannique après les guerres napoléoniennes. (Note: ces deux photos ont été prises lors d'une première visite en septembre 2008)

Ici, un plan des temples qui illustre bien le dessin en forme de trèfle qu'apparemment on retrouve pour d'autres temples sur les îles.

Par ailleurs, on tient de l'artiste-peintre français Jean-Pierre Hoüel une aquarelle des temples avant les travaux d'excavation, donc fin du 18e siècle, que l'on a pu voir au musée d'archéologie dans la citadelle de Victoria (une copie peut-être?)


Çà laisse pantois ! Comment diable ont-ils pu édifier cet ensemble mégalithique, qui fait au moins 6 à 7 mètres de haut, avec les moyens techniques de l’époque qui devaient quand même être assez limités - la roue et les instruments de métal étaient inconnus des locaux! On y retrouve cependant des sphères de pierre, d'un diamétre de pas plus de 30 centimètres, qui laissent croire qu'on ait pu les utiliser pour déplacer les énormes monolithes avec lesquels on a construit les temples. Leur nom Ggantija d’ailleurs tient de la légende issue de civilisations subséquentes qui ont attribué ces travaux à l’œuvre de géants ! C’est là dit-on les ruines, parmi bien d’autres, les plus visitées de Malte.


De la même époque date la nécropole de Hal Saflieni sur l’île de Malte même, sûrement l’un des sites archéologiques les plus intéressants qu’il m’ait été donné de visiter ! Sculptées dans le roc sur trois niveaux, les salles et chambres de cette grotte artificielle(hypogée)au dessin très raffiné reproduisent littéralement des temples que l’on devait retrouver au niveau du sol à la même époque – et qui donnent incidemment la clé quant à l’architecture des toits qui manquent maintenant à ces temples, comme ceux de Ggantija.
On y aurait retrouvé les ossements de quelque 7000 dépouilles mortuaires, entassées sur plus de mille ans ! En plus de cette fameuse statuette de la « femme endormie »aux proportions très volumineuses, reposant sereinement étendue sur le côté, maintenant logée au musée national.

Ce n’est qu’à la toute fin du XIXe siècle que l’on découvrit cette nécropole au moment de la construction d’un ensemble immobilier – d’ailleurs son accès se trouve carrément dans un quartier résidentiel. Il faut réserver bien à l’avance puisque chaque tour n’accommode que 10 personnes à la fois!
(pour plus de photos de l'hypogée, voir le site suivant: http://www.maltesering.com/archaeology_hal_saflieni_hypogeum.asp)

Les temples de Ggantija de même que l'hypogée de Hal Safliéni font tous deux partis du Patrimoine Mondial tel que classé par l'UNESCO (voir entre autres http://whc.unesco.org/fr/list/132

dimanche 20 décembre 2009

Gozo I

De retour à Malte; à Gozo plus exactement, l’île secondaire du pays. Pour y passer 3 semaines, question de voir si y vivre pour plus de 3 jours (comme à la dernière visite en septembre l’an passé) nous plaît vraiment, au cas où nous penserions y passer beaucoup plus de temps (éventuellement, dans un futur lointain!)

Test ultime, en y venant en hiver, là où la température est la moins clémente. De fait le thermomètre s’est tenu aux alentours de 14C ou 15C dans la première semaine, température qui se prend bien pour nous nord-américains à ce temps-ci de l’année, même en dépit des vents plutôt violents venant du nord (le grigal, vent du nord-est entre autre) et d’un ciel plus nuageux qu’autrement. Pas étonnant qu’il neige à Paris – la mauvaise température du nord de l’Europe fait sentir sa froide influence jusqu’ici ! (Pas tellement mieux au Canada - il faisait 50 degrés centigrade sous zéro à Winnipeg, un record apparemment, nous informe le boucher du coin, Sam, un gozitan qui a résidé longtemps au Canada et avec de la famille encore au pays!)

Sommes en compagnie de bons amis de Montréal, Josette et Jacques, qui se sont joints à nous pour l’aventure. Par coïncidence, nous passions quelques jours ensemble au même moment l’an passé à Québec, ville de la famille de Josette.

Ce qui ne nous empêche pas de découvrir l’île, morceau par morceau, à commencer par les alentours du village Gharb (prononcé « arb ») où se trouve la «maison de ferme» où nous logeons pour la durée du séjour (« farmhouse »: des maisons de village, plusieurs remontant au 17e ou 18e siècle, converties en habitations modernes « à caractère » - toutes faites, comme le reste de toute construction sur l’île, de pierre de grès – de couleurs ocre pâle, et qu’on loue ou vend aux villégiateurs).

A pied, en promenade, sur la falaise surplombant la mer, bien exposés au vent du nord, à la hauteur de St-Lawrenz, village avoisinant, et où on découvre ces immenses carrières de grès;

puis dans les collines, dans les terres cultivées en terrasse, pour voir la petite chapelle isolée de San Dimitri; et encore à « escalader » (presque littéralement) la plus haute élévation des environs où se trouve un phare (« fanal » en Malti !), la colline Gordan.

Sans oublier le sanctuaire national à la vierge - le pape JPII y est passé lors de sa visite en 1990 - une immense église, construite au début du 20e siècle, encore là dégagée de toute autre habitation : Ta Pinu!

Visitons également les bords de mer, à Xlendi (prononcé "shlendi"), petite agglomération très fréquentée par les touristes en haute saison (pour la plus part maltais de la grande île), nichée au fond d’une baie profonde, et sujette ce jour-là à des vents d’une violence jamais vue depuis 30 ou 40 ans, selon un villageois plus brave, ou plus idiot, que les autres pour se tenir seul sur la rade par ces grands vents!...

Et puis sur la pointe Dwerja, à l’extrémité ouest de l’île, où se trouve le fameux rocher percé connu comme la « fenêtre azure » - l’endroit probablement le plus photographié de l’île (et nous ne faisons pas exception – voir ici-bas !)

Samedi, nous nous aventurons sur la grande île, Malte, en voiture : donc traversier et une vingtaine de kilomètres de route le long du littoral et traversant villages et villes, jusqu’à Valetta, la capitale et ville fortifiée, du temps des Chevaliers de la croix de St-Jean au 16e siècle, juchée sur la pointe de la péninsule, gardant l’entrée des ports de part et d’autre (pour un peu plus sur Valetta, voir le blogue de septembre ou octobre 2008). La rue principale est bondée de locaux principalement, qui faisant leur magasinage de temps des fêtes, qui flânant dans les cafés, profitant des quelques faibles rayons de soleil à ce temps-ci de l’année.

Visite du palais présidentiel – du moins les appartements d’apparat officiel, avec les services d’un guide qui en est encore à faire ses classes, à en juger l’information limitée qu’elle peut nous impartir ! Puis promenade sur les murailles surplombant les ports et villes de chaque côté.

Vins: la viniculture à Malte et Gozo remonte aux Phéniciens ! On se contente de la production courante, de plusieurs vignobles dont les plus importants sont les maisons Camilleri, Emmanuel Delicata, Marsovin et Meridiana. On y retrouve les cépages d’usage – merlot, cabernet sauvignon, chardonnay, sauvignon blanc, shiraz et chenin blanc – en plus des cépages uniquement locaux, le girgentina et le gellewza. Certains vins (“special reserve”) sont faits de raisins importés d’Italie. On a essayé plusieurs ( !) et, à part le Champagne Delabarre et le Sancerre de Pascal Jolivet que Josette nous a apportés de Paris, celui qui emporte la palme, jusqu’ici, c’est le chardonnay Isis de la maison Meridiana!

Du côté restaurants, une déception chez Ta’ Frenc, restaurant bien coté à Gozo que nous avions bien apprécié une première fois l’an passé, mais dont les mets principaux cette fois étaient carrément ratés – lampuki (poisson local semblable au mahi-mahi) pas frais et/ou trop cuit, poulet et veau sans goût ! Y faut croire qu’en morte saison, même les plus huppés peuvent décevoir ! Une agéable découverte cependant : l’Ambrosia à Valetta, petit restaurant très chaleureux dans la rue voisine du palais présidentiel, qui nous a servi une salade d’asperges grillées de Gozo très croustillantes, et de mets principaux bien réussis : risotto aux fruits de mer, ravioli aux champignons porcini et dorade grillée, arrosés d’une bouteille de Chardonnay de Gozo, Antonin 2008, de la maison Marsovin, et de quelques verres d’ Eno Chardonnay, fait de raisins locaux Girgentina, de la même maison.

Décembre 20, 2009

samedi 21 novembre 2009

Tokyo, Fall of 2009

Tokyo, Fall of 2009

A series of international meetings brings us back in Japan, this time in Tokyo (a few years back, we were in Nara) . A couple of holes in the agenda allow us a few outings. Am with Sylvia and André; Cynthia is joining me later on in our stay (her first Asian stop on her way to South-East Asia...)

Sunshine brings us to parks and shrines. First the East Gardens of the Imperial Palace (photo thanks to John W picked up from Flicker), built on the grounds of the Edo Castle (gone), a fairly recent realisation (1968) incorporating remnants (walls) of the old castle. The Gardens are adjacent to the Imperial Palace, where the Emperor lives, and which is not accessible except once or twice a year. Much of the original buildings that constituted the Palace were destroyed by earthquakes and fire – and that includes fire-bombing by the Allied in 1945 which destroyed pretty well all of what was left of the original Meiji Palace. It is from the basement of the concrete library that the emperor declared the capitulation of Japan in August 1945.

There is a great film, The Sun, the last of a trilogy by Russian director Aleksandr Sokurov on “dictators” - he did one on Lenin, then Hitler – that is fascinating, showing Hirohito in the very last days before capitulation, as he was briefed and advised by the cabinet, so sheltered and so fragile in a way; there is that scene where GIs are making fun of him, taking pictures with him, while he is taking a breath of fresh air out of his underground compound – how humbling it must have been for him and the whole of Japan! (On "The Sun" and Sokurov see NYT review http://www.nytimes.com/2009/11/15/movies/15lim.html?_r=1&scp=1&sq=sokurov&st=cse) Closer to now, the current emperor and his wife were in Canada earlier this year for a long cross-Canada visit – a human interest story: while in Toronto they reunited with their tennis coach-partner of some 50 years ago that now lives around here…

On the occasion of the “20th Anniversary of the Enthronement of His Majesty the Emperor”, they are having a special exhibition of bonsai – 14 are on display, one of which goes back 550 years, 84 cm high, and is said to have been “cherished” by the third shogun – amazing!


The East Gardens are a vast expanse, but not the next garden we see, the Koishikawa Korakuen, one of Tokyo's oldest and most beautiful Japanese landscape gardens, built by close relatives of the Tokugawa Shogun in the early Edo Period. No different than other Japanese (or for that matter Chinese) gardens, it attempts to reproduce famous landscapes from China and Japan in miniature, using a pond, stones, plants and a man made hill. It is particularly attractive with the leaves turning, and in the quietness of the morning, walking around the lake (which is representing lake Biwa, the largest in Japan). We are told it is worth a visit in late February, especially that a weeping cherry tree near the garden's entrance is then in full bloom.

While we are in the area, we visited the Yasukuni Shrine, a Shinto worshipping place dedicated to spirits of war heroes (some 2 million of them), a well-known shrine and highly controversial as it included the enshrinement of WWII war criminals, and because the Prime Minister visits it every year to pay his respect to those who died for the country (Koisumi in this picture, a couple of years ago). Not seen lightly by surrounding countries like China, victims of the big “Greater East Asia Co-Prosperity Sphere” push that was the war! On the grounds of the shrine is the modern military museum, Yushukan, that exhibits among other things a vintage fighter plane (“type-O carrier-based fighter”) used during the “Greater East Asian War”, mainly against China.

Staying at the Grand Prince Akasaka Hotel, where “by a clear day” (it happened twice!) you can see the Fujiyama, snow-capped, profiling in the distance!
















Tokyo, November 2009

Tsukiji (築地市場 Tsukiji shijō): le plus grand marché aux poissons au monde!

Tsukiji (築地市場 Tsukiji shijō): le plus grand marché aux poissons au monde!

Non pas que les marchés aux poissons nous intéressent particulièrement, mais puisque celui-ci est apparemment le plus grand au monde et que c’est quelque chose à voir selon les guides touristiques, nous nous y sommes rendus…à 5 heure du matin! Oui, puisque c’est à ce moment-là que les choses sont à leur meilleur! C’est effectivement peu après que commencent les enchères pour le thon, et c’est là l’attraction. Dans une salle à part toute éclairée au néon s’étalent sur le plancher de ciment nu des dizaines de carcasses de thon gelés, la queue coupée, de tailles différentes mais toutes impressionnantes, allant je dirais d’un à deux mètres de long(on nous informe qu’ils peuvent faire jusqu’à 300 kilos!), portant toutes un numéro, et que les « spécialistes en poisson » s’occupent à examiner pics en main, picotant l' extrémité exposée du poisson pour présumément en juger de la qualité, et ce faire une idée du prix qu’ils sont prêts à offrir à l’encan (photo ci-contre, gracieuseté de www.cityzeum.com) C’est après cet examen que des enchères sporadiques, ici et là, surgissent (il y a un temps où les touristes pouvaient se promener parmi les thons étendus! Ils sont maintenant cordonner au centre de la pièce – on en a même interdit l’accès pour un temps l’an passé, pour se raviser récemment – d’où ils ne peuvent plus que prendre des photos, mais sans flash!)

On sort de l’endroit, tout en évitant camions et charriots qui se promènent à grande vitesse tout autour, dans l’obscurité du petit matin et tout en ignorant royalement curieux et visiteurs – on veut bien vous faire sentir que vous êtes des intrus! – pour déambuler dans l’énorme marché lui-même où les grossistes s’affairent dans leurs étals respectifs à préparer ce qu’ils offriront dans quelques heures, qui des anguilles, qui des pieuvres, qui d’autres variétés à l’infini de poissons et de fruits de mer. Cynthia se fait même éclabousser, de sang ou de quelque fluide d’un poisson qu’on vient de nettoyer et que l’on jette comme çà sur la pile déjà entassée sur la table près de laquelle nous passons – il faut donc tenir ses distances! N’empêche que je prends bien les photos que je veux, et à la distance que je veux…

On raconte dans les musées que c’est le shogun, le premier d’une longue lignée (donc au tournant du 17e siècle), qui aurait vu à ce que des pêcheurs avoisinants viennent s’installer à proximité de sa capitale, Edo, pour le nourrir, lui et son entourage au palais, et leur aurait permis également de desservir la populace du coin («plus de monde en mange, plus il est frais le poisson…! ») C’est après le grand tremblement de terre de 1923 qui aurait détruit le site initial du marché, que ce dernier s’est établi à Tsukiji, au sud de la ville.

En chiffres, Tsukiji, par jour, c’est apparemment plus de 2 246 tonnes de poissons et autres produits de la mer, originaires de partout à travers le monde, près de 450 espèces de poissons en montre, et plus de 10,000 marchands et acheteurs de la ville qui viennent y transiger. C’est véritablement le « ventre de Tokyo » et çà me rappelle les Halles à Paris (du temps qu’elles étaient « dans » Paris même!)
Ci-contre, le marché aujourd’hui; ce qui donne une idée de l’étendue…(gracieuseté www.cityzeum.com)

L’endroit est truffé de petites boutiques de tout acabit, et de restaurants également qui ne sont là que pour satisfaire les appétits très matinaux et vous servir le sushi probablement le plus frais au monde!

Tokyo, le 20 novembre 2009



P.S. Le thon est une espèce menacée; un court vidéo accompagne un article du Washington Post sur la question (http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/video/2007/11/07/VI2007110701905.html) filmé en grande partie au marché Tsukiji

Kabuki – ou le théâtre populaire japonais

Kabuki – ou le théâtre populaire japonais

Parce que c’est effectivement une activité populaire, du théâtre qui tranche avec son cousin plus classique et symbolique – le théâtre Noh – par les thèmes que l’on y traite et la façon beaucoup plus descriptive de les rendre.

Nous nous rendons au théâtre le plus célèbre de Tokyo pour le genre – Kabuki-za – dans le district de Ginza, un bâtiment dans un style bien Japonais mais plutôt baroque (qui essaie de rappeler l’architecture des palais d’Edo je présume - photo ci-haut). Il y est depuis 1889, a subi plusieurs reconstructions – suite à des tremblements de terre et aux bombardements de la Seconde Guerre - et on s’apprête à le fermer au début de l’an prochain, pour 2 ou 3 ans, le temps d’y conduire d’importants travaux de modernisation!) http://en.wikipedia.org/wiki/Kabukiza

Nous n’y voyons que 2 des premiers actes d’un long drame intitulé « le trésor de 47 loyaux serviteurs » - Kanadehon Chūshingura (仮名手本忠臣蔵) - qui raconte comment 47 loyaux samouraïs ont vengé leur maître-prince, injustement puni et exécuté, en tuant l’officiel responsable de sa chute, pour ensuite se faire hara-kiri eux-mêmes, tous ensemble, le même jour. On se serait inspiré de faits véritables du début du 18e siècle (l'incident Akō). Que deux actes, environ deux heures, parce que la pièce en fait près de 7 heures, sans compter les intermissions, servie en 8 actes, de 11heure le matin à 9 heure le soir – on comprend où Lepage a trouvé son inspiration pour Lipsynch (voir le bourlinblogue, en juin dernier)! Pour deux actes seulement, on paye « à l’acte », 900 yen pour les deux actes – 400 yen pour le guide audio, indispensable si on veut suivre un peu – et on vous cantonne au dernier étage, au 4e. Une place aux premières loges pour la durée du spectacle coûte 16,000 yen (soit environ C$200) http://www.shochiku.co.jp/play/kabukiza/theater/.

Le kabuki a connu plusieurs permutations dans sa forme et son exécution depuis sa création au tout début du 17e siècle à Kyoto. De spectacle dansant exécuté uniquement par des femmes à ses débuts, il a connu son apogée de la fin du 17e siècle au tournant du 19e siècle comme représentation théâtrale, jouée par des hommes seulement (les interprètes féminines ont été bannies bien tôt parce que certaines pouvaient s’adonner dit-on à la prostitution, ce qui selon les autorités du temps ne pouvait que "dégrader" l’art du Kabuki!)



(Ci-contre deux acteurs célèbres vers la fin du 18e, Bando Zenji et Sawamura Yodogoro) De fait, le kabuki en est venu à constituer l’inspiration, sinon le cœur, de la culture populaire, un événement social certainement où tous se retrouvaient pour la journée, alternant entre le théâtre et les maisons de thé avoisinantes où l’on se retrouvait en bonne compagnie, ou encore le sujet d’estampes de gravure sur bois qui restent encore aujourd’hui très recherchés comme objets de collection. (Ce n’est pas par hasard que nous rapportons comme souvenir du Japon une estampe, un original datant du milieu du 19e siècle, représentant l’un des caractères de cette pièce).

Le kabuki aurait connu une recrudescence avec le retour de l’empereur aux commandes (la révolution Meiji en 1868), la fin du shogunat et des samouraïs, et l’ouverture à l’ouest; le kabuki est devenu respectable! Aujourd’hui, le kabuki demeure la forme la plus populaire du théâtre traditionnel au Japon, avec ses acteurs qui sont souvent des vedettes de la télévision ou du cinéma (çà se voyait aux applaudissements variés à l’annonce des interprètes de la représentation à laquelle nous avons assisté, où l’un des rôles principaux était tenu par un de ces « trésors vivants nationaux» - une notion toute japonaise selon laquelle on protège ou soutient par la loi ceux qui incarnent, par leur savoir-faire exceptionnel, des valeurs culturelles immatérielles, un acteur ou un peintre par exemple!)

Le kabuki reste souvent la source de séries télévisés et de longs métrages au Japon. Il s’exporte et se consomme à l’étranger également où se produisent souvent les troupes kabuki venues du Japon (la première pièce kabuki que j’ai vue, c’est à Ottawa dans les années 70!) Le kabuki est classé par l’UNESCO comme l’un des chefs d’œuvre du patrimoine immatériel de l’humanité. http://en.wikipedia.org/wiki/Kabuki

Touche finale : une fois la représentation terminée, un dernier commentaire sur le guide audio contrastant le théâtre de l’occident et le kabuki, faisant valoir comparativement le caractère tout à fait non-intellectuel de ce dernier…certainement vrai si on le compare au théâtre moderne à la Samuel Beckett, mais moins si on se rapproche du théâtre d’une époque contemporaine au kabuki, tel celle de Shakespeare…

Tokyo, novembre 2009

mardi 3 novembre 2009

Paris & Toronto: 2 opéras et une exposition…

Vus au cours des dernières semaines…

La Flûte enchantée - Impempe Yomlingo

http://www.chatelet-theatre.com/2009-2010/lyrique/la-flute-enchantee-2,361

Au Châtelet, à Paris. Mozart servi à la sud-africaine – et quel spectacle époustouflant! C’est plus qu’une simple version de l’œuvre iconique qui aurait été traduite en une langue étrangère, mais bien une production tout à fait remaniée (si un peu amputée de quelques arias) pour mieux saisir le caractère tout à fait africain que l’on a bien voulu lui donner.

Une nouvelle lecture de la fable, aux accents très ancrés dans la culture de ce coin d’Afrique. Une trentaine de marimbas (ces espèces de xylophone aux lames de bois propres à l’Afrique et l’Amérique latine) comme orchestre symphonique, de part et d’autre d’une scène au plan fort incliné, où les personnages s’exécutent tout en donnant presque un air d’improvisation à leur performance. Prestation endiablée du chef d’orchestre - surtout en donnant l’ouverture - qui se substitue à d’autres joueurs de marimbas tout au long de l’opéra. Vocalement, je ne suis pas sûr que tous les interprètes aient la voix à la hauteur de leur personnages (certainement pas la Reine de la Nuit), mais tout çà s’estompe devant l’impression magistrale de l’ensemble. Manifestement apprécié par une salle comble (nous sommes à la dernière) qui gratifie la troupe de 5 encore!

Produit par la compagnie sud-africaine l'Isango Portobello Company, donné en différents patois sud-africains, entrecoupés d’anglais, avec sous-titres en français en marge de la scène.


Fellini – la Grande Parade

http://www.jeudepaume.org/?page=article&idArt=830&lieu=1

Au Jeu de Paume, à Paris. Qui lance un mois de célébration « Fellinienne » - Tutto Fellini! - dans la ville, dont une rétrospective à la Cinémathèque et une série de conférences à l’Institut culturel italien local.

Organisée en thèmes et plus ou moins chronologiquement. Mélanges de photos, d’affiches originales, d’extraits de films, d’entrevues, avec lui et d’autres dont Pasolini. Moments forts de sa carrière : La Strada, La Dolce Vita – dont la célèbre scène du « presque-baiser » d’Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans la fontaine de Trévi, de l’eau jusqu’aux genoux, est l’emblème de l’exposition – Juliette des Esprits, 8 ½, Satyricon, Fellini Roma, Amarcord, et Casanova de Fellini. Et puis les femmes, de la sienne, Guilietta Masina, à toutes ces anonymes plantureuses qui ornent et définissent en grande partie ses films, symbole tantôt de fertilité, tantôt de sexualité inassouvie, tant chez les adolescents que chez les curés…
C’est la journée d’ouverture, et le directeur de la Fondazione Federico Fellini, si je ne me trompe pas, est là sur place pour commenter l’exposition alors que nous la visitons en petit groupe…


The nightingale and other fables

(photo: Olga Peretyatko as The Nightingale (left) and Ilya Bannik as The Emperor in the Canadian Opera Company's production of The Nightingale and Other Short Fables. MICHAEL COOPER PHOTO)

Un peu d’histoire, gracieuseté de Wikipédia:

« Igor Stravinski commença Le Rossignol en 1908. La composition fut interrompue en 1909, après le premier acte, lorsque Diaghilev commanda au compositeur son premier ballet, L'Oiseau de feu.
« En 1913, après le succès des deux autres ballets du compositeur (Petrouchka et Le Sacre du printemps), le Théâtre Libre de Moscou lui demanda de terminer la composition de l'opéra. Stravinski, étant conscient de l'évolution de son style musical depuis cinq ans, tenta de faire accepter le premier acte seul comme une œuvre complète. Cependant, le refus du Théâtre Libre force le compositeur à revoir l'acte I comme prologue, justifiant ainsi les différences de style avec le reste de l'opéra. Cependant, alors que Stravinski achève la composition, le Théâtre Libre fait faillite, mais, aussitôt, Diaghilev décide de monter l'opéra aux Ballets russes.
« L'œuvre fut créée le 26 mai 1914, sous la direction de Pierre Monteux, avec des décors et des costumes d'Alexandre Benois. À l'initiative de Diaghilev, les chanteurs étaient dans la fosse et étaient joués par des danseurs sur la scène. »

Wow! Quelle production! Sans doute que la musique et l’opéra suffisent à rendre cette œuvre mémorable, mais l’intégration du jeu de marionnettes que contribue Lepage, en plus de la mise en scène qu’on lui connaît, dans ce cas-ci fait toute une différence. En plus de quoi, pour ajouter au spectacle, les chanteurs (accompagnant les marionnettes) qui se retrouvent à jouer dans la fausse remplie d’eau! Performance qui vous comble. Un mélange parfait; plus « multi-art » que multimédia. La critique est unanime http://www.coc.ca/AboutTheCOC/COCInTheNews.aspx?Category=Reviews.

Que 8 représentations à Toronto – nous nous comptons chanceux d’avoir pu obtenir des billets, d’autant plus que nous nous y sommes pris un peu tard (Cynthia a pu néanmoins dénicher des billets aux premières loges – beau cadeau d’anniversaire!)


En passant, si vous vous retrouvez à Toronto et cherchez à bien manger, faites la découverte, comme nous l’avons fait après le spectacle de Lepage, du restaurant « Colborne Lane » au centre-ville – remarquable! http://colbornelane.com/dining_room

lundi 28 septembre 2009

Dubrovnik, « la perle de l’Adriatique »

















A Dubrovnik, sur la côte dalmate, pour une semaine, en meetings – la rencontre semi-annuelle d’une centaine d’ « experts » de sociétés de gestion collective de droits d’auteur sous l’égide de la CISAC.

Ville bien plantée sur sa presqu’ile rocheuse, cintrée par ses murailles qui surplombent superbement l’Adriatique. Bel ensemble architectural d’une autre époque – style gothique, Renaissance et baroque – bien préservé en dépit d’un tremblement de terre catastrophique vers la fin du 17e siècle (1667 plus précisément) et de vicieux bombardements au cours d’une guerre tout aussi vicieuse qu’absurde il n’y a pas vingt ans! (L’UNESCO en faisait un site du Patrimoine mondial en 1979 http://whc.unesco.org/fr/list/95 et aura contribué à sa reconstruction après ce siège brutal, mené par la Serbie et le Monténégro voisins, et dont les obus auront touchés plus du deux tiers de ses structures).

Les Balkans, « la poudrière de l’Europe » comme mon vieux prof d’histoire aimait nous les décrire… Période très troublée une fois la Yougoslavie défunte après la chute du mur de Berlin. Ce n’est qu’après presque vingt ans de conflits, dont quelques génocides, que la région a retrouvé un peu de stabilité, sous 6 ou 7 républiques distinctes, dont la Croatie où nous sommes. Le tout m’apparaît resté passablement fragile, avec des tensions raciales et religieuses qui ne sont pas loin de la surface, et qui risqueraient d’éclater sous bien peu de provocation. La chasse au criminels de guerre, des deux, ou plutôt multiples, cotés, bien que nécessaire, ne fait que ressasser des cendres encore très chaudes… La Croatie et sa voisine du Nord, la Slovénie, pourtant du même bord du temps des guerres civiles, ne viennent que de s’entendre il y a quelques semaines sur une dispute de frontières, pierre d’achoppement jusqu’ici aux pourparlers qui verraient la Croatie joindre l’Union Européenne. La Croatie compte quelque 4.5 million d’habitants et se caractérise entre autres par sa longue côte sur l’Adriatique et ses 1200 îles dont une cinquantaine seulement sont habitées.

(Un journaliste anciennement de la BBC faisait valoir récemment que les Balkans sont en passe de connaître une véritable "renaissance" grâce en bonne partie à l'effet "Communauté Européenne" dont la Slovanie est déjà membre et à laquelle aspire de se joindre le reste des Balkans. Apparamment que le nouveau premier ministre grec, George Papandréou, serait le plus ardent des supporteurs au sein de l'UE pour une Communauté qui engloberait tout le sud-est de l'Europe. une date symbolique pour cet accomplissement pourrait être le 28 juin 2014, cetn ans exactement après l'assassinat de l'archiduc Franz Ferdinand à Sarajevo qui devait déclencher les hostilités de la première guerre mondiale...12 octobre)

Sommes descendus au Rixos Libertas http://www.rixos.com/index.aspx , complexe hôtelier qui donne directement sur la mer, près de la vieille ville – tout récemment ouvert (celui-là reconstruit) comme bien des hôtels dans Dubrovnik qui connaît un regain de prospérité grâce à un tourisme presque paralysant tellement le nombre de visiteurs y est grand! Il faut voir les masses qui assiègent la vieille ville, même comme à ce temps-ci de fin de saison… Le plus gros « cruiseship » à ne jamais s’amarrer à Dubrovnik était en ville – 3600 passagers, en plus un équipage de 2000 employés! Et ce n’est pas rare de voir 3 ou 4 de ces cruiseships amarrés près du port. La piscine extérieure de quelques cinquante mètres de long fait bien oublier les quelques carences de l’hôtel…

Découvrons le charme des environs en passant tout le dimanche sur l’eau, sur un de ces bateaux traditionnels de bois qui vous promènent d’une île à l’autre – les îles Elafitti (Kolocep, Lopud et Sipan) le long de la côte tout juste en haut de Dubrovnik. Il faut dire que nous sommes servis, et ce tout au long de la semaine, par une température idéale – 25 degrés, sec et ensoleillé!

Nous avons saisi l’occasion d’une soirée libre pour aller à un concert donné par l’Orchestre symphonique de Dubrovnik http://www.dso.hr/english/ sous le bâton du russe Ildous Galioulline, maintenant établi à Dubrovnik. Au programme, Beethoven (l’ouverture des Ruines d’Athènes). Haydn (la Symphonie No. 101) et Mozart (la symphonie dite de Jupiter). Plutôt remarquable, le concert se donnait dans un endroit charmant, l’atrium du Palais des Recteurs, la splendide résidence gothico-Renaissance datant du XVe siècle qui logeait celui qui gouvernait Dubrovnik, le recteur (i.e. jusqu’au moment où Napoléon est venu « troubler les choses », au début du XIXe…) http://www.linternaute.com/voyage/croatie/dubrovnik/monument/le-palais-des-recteurs/ Chose également bizarre, ces recteurs soi-disant maîtres de Dubrovnik, se suivaient à tous les mois, ce qui laisse croire qu’ils n’exerçaient pas grand pouvoir…

Ces réunions de la CISAC sont de bonnes occasions de tenir des discussions, certaines plus discrètes que les autres, entre sociétés, et le plus souvent autour d’une table, aussi bonne que faire ce peut. Les restos abondent à Dubrovnik, et nous avons eu l’occasion d’un faire quelques-uns. Tous assez bons, quelques-uns meilleurs que les autres, mais tous indubitablement trop cher pour ce qu’ils promettent et livrent rarement! Et cela vaut pour les restaurants réputés de bonne qualité comme le Nautika, Gil’s, Proto, Defne, et d’autres. Souvent trop salé ou trop cuit, ou bien sans cet élément – une épice, une sauce – qui rend un repas mémorable. Il aura fallu attendre le dernier jour pour un déjeuner dont nous nous souviendrons, au Sesame, http://www.sesame.hr/index.html entre l’hôtel et la vieille ville, tout juste à côté de l’Université – un filet de bar (loup ou perche de mer comme on dit en région méditerranéenne), servie avec une sauce blanche légère, couvert de flocons de truffe et arrosé du meilleur vin blanc local qu’il nous ait été donné de goûter durant le séjour, un Poship de la maison GRGIC. L’entre-gens, un peu bourru, du propriétaire du Sesame, Misko Ercegovic, y est peut-être pour quelque chose dans notre appréciation positive des mets et de l’endroit…

En parlant de vins, la Croatie a une longue tradition de producteur de vin remontant au temps des romains. Elle a plus de quelque 300 régions définies comme productrices, en grande partie de vins blancs (2/3 de blancs, le reste, du rouge). Il nous a été donné de savourer plusieurs Posip de diverses maisons de bonne qualité, sans pour autant être de qualité supérieure, sauf peut-être le vin de Grgich cité plus haut, définitivement de plus haute qualité. Le producteur Miljenko "Mike" Grgich est un croate d’origine qui s’est fait une réputation aux États-Unis comme l’un de ceux qui ont “mis” les vins californiens sur la « carte du monde” durant les années ’70 http://www.grgich.com/about/winery.cfm. Il est toujours aux États-Unis mais aussi produit en Croatie. L’île de Hvar, au large de la côte dalmate, est aussi reconnue pour ses vins, entre autres pour la variété dite Plavac Mali, l’ancêtre dit-on du Zinfandel, qui produit le vin rouge de maisons comme celle de Zlatan Plencovic, reconnu comme le vigneron probablement le plus célèbre de la Croatie. http://www.vinsdumonde.com/fr/prod/zlatan-plenkovic-prod-159.php#/ficheProducteur&undefined&159

Dubrovnik, le 25 septembre 2009